Inscription Section clinique 2026-2027

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Section clinique de Bruxelles - Programme 2026-2027

Les objets dans la clinique

Qu’il serait beau que le rapport du sujet aux objets dans le monde qui l’entoure soit harmonieux. Les frustrations ne seraient alors que le fruit d’une panne dans le développement du sujet, réparable moyennant une analyse. Un petit coup de pouce pour faire passer le sujet du rapport pulsionnel et partiel à l’objet oral ou anal vers l’objet génital ferait l’affaire. Le sujet pourrait alors passer de son autoérotisme pervers et infantile vers un amour mature, empathique et altruiste de l’Autre. Par ailleurs, il serait à l’abri des addictions aux gadgets provenant de la montée au zénith de l’objet a.

Lacan conteste ce conte de fées d’une relation d’objet équilibrée ; l’image que Jacques-Alain Miller a choisie pour la couverture du Séminaire IV le dit sans ambiguïté. Pour Lacan, que l’objet soit oral, anal ou phallique, la relation à l’objet est marquée par le manque et la castration. Le sujet est sevré du sein, son rapport à la demande doit passer par l’exigence de propreté et son aspiration à être le phallus de la mère lui est entravée. De son côté, la mère est empêchée de dévorer son rejeton par un interdit. L’agent de la castration mis en place par le dispositif œdipien, à savoir le père, est l’opérateur de ce manque inhérent au rapport du sujet à l’objet.

Plus tard, dans le Séminaire X, « L’angoisse », Lacan ajoute l’objet regard et l’objet voix à la série des objets proposée par Freud autour des zones érogènes du corps. Il annule du même coup le rôle de l’agent de la castration. L’objet devient « cessible » par nature. Le fort-da du pénis, entre tumescence et détumescence, situe cette coupure inhérente à l’objet dans l’organe du corps. Là où la castration permettait une symbolisation de l’objet en le marquant du signifiant, l’objet devient un reste non absorbé par le signifiant. Cet objet-reste, séparé de l’Autre, est une première manifestation de cette trouvaille de Lacan qu’on appelle l’objet petit a.

Or, au regard de l’ensemble de l’enseignement de Lacan, cette référence à l’objet du corps ne doit pas nous conduire à considérer l’objet comme une substance. Le mouvement entre tumescence et détumescence est à comprendre comme la métaphore d’une dialectique, d’une tension entre un trop et un vide de jouissance qui caractérise l’objet en psychanalyse. Lors du dernier congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse, Jacques-Alain Miller a proposé d’ajouter le « pas sans objet », que Lacan attribue à l’angoisse, à la série des objets et de le qualifier comme « l’objet trou » . Dès lors, deux théories contradictoires de l’angoisse peuvent se maintenir côte à côte : d’une part, elle est l’effet du manque produit par la castration ; d’autre part, elle est la conséquence d’un trop de jouissance, investi dans l’objet. La relation à l’objet, dans sa structure même, est donc condamnée à être intranquille.

Lacan fait un pas supplémentaire concernant l’objet dans le Séminaire XI. Il y isole deux causations du sujet : l’aliénation dans l’Autre, qui cause les identifications du sujet aux signifiants et leurs différents avatars, et la séparation, qui est la causation du sujet par l’objet en tant qu’il se détache du symbolique.

À partir de ce cadre théorique et conceptuel, nous aborderons une série de conséquences cliniques. Mentionnons-en quelques-unes :

  1. Si l’angoisse n’est pas sans objet, l’objet phobique, bien déterminé, incarne une jouissance menaçante. Certes, il provoque une peur localisée, mais il met le sujet à l’abri de l’angoisse.
  2. L’objet occupe des places différentes selon les structures et les tableaux cliniques. Ainsi, dans la perversion, et notamment dans le masochisme, le sujet est à la place de l’objet, et c’est précisément d’être situé à cette place qu’il divise l’Autre. Cette dynamique est également très sensible chez l’exhibitionniste : en exposant l’objet à l’Autre, il provoque chez lui l’angoisse.
  3. Dans la mélancolie, le sujet n’est pas à la place de l’objet : il incarne l’objet déchet. Cela peut, à l’occasion, le conduire à se laisser choir et à perdre la vie. En revanche, dans l’état maniaque, les signifiants auxquels le sujet est aliéné ne trouvent pas d’ancrage dans un objet. Du coup, ils courent seuls, frénétiquement, mettant le sujet dans une agitation affolante.
  4. Les différents objets donnent un style à la personnalité du sujet. C’est ce que Wilhelm Reich a appelé la « névrose de caractère ». Ainsi, Freud décrit trois traits caractérisant une personnalité causée par l’objet anal : être ordonné, parcimonieux et obstiné. Ajoutons que, chez l’obsessionnel, la marque anale fait de la demande son objet privilégié. S’il évite à tout prix d’adresser sa demande à l’autre, il fait tout pour que l’autre lui adresse une demande, afin de refuser aussitôt d’y répondre. Le caractère hystérique a plutôt trait à l’objet oral. Ici, la demande, le plus souvent une demande d’amour, devient une exigence dévorante qui tue le désir.
  5. La moindre observation du sujet paranoïaque fait apparaître chez lui la prégnance de l’objet regard qu’il situe dans l’Autre. Celle-ci est à distinguer de l’emprise du regard sur le sujet obsessionnel, soulignée par Lacan.
  6. Chez le schizophrène, Freud note une absence de frontière entre la représentation du mot et la représentation de la chose. C’est ce qui donne une caractéristique particulière au langage du schizophrène. Chez lui, le mot est la chose. Il traite les mots comme des objets.
  7. L’autisme donne au clinicien un accès direct à l’objet comme séparé du symbolique. Il conduit à une forme particulière de pratique que nous pouvons désigner comme « clinique de l’objet », et qui est à déplier.

Cette liste n’est qu’un avant-goût. Elle est loin d’être exhaustive.

Gil Caroz

 

Bibliographie de base :

Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La Relation d’objet, Paris, Seuil, 1994.

Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, Paris, Seuil, 2004.

Lacan J., Le Séminaire, livre XIII, L’Objet de la psychanalyse, Paris, Seuil, 2026.

Miller J.-A., « Introduction à la lecture du Séminaire de L’angoisse de Jacques Lacan » (I), La Cause freudienne, n° 58, septembre 2004, p. 61-100.   

Miller J.-A., « Introduction à la lecture du Séminaire L’angoisse de Jacques Lacan » (II), La Cause freudienne, n° 59, janvier 2005, p. 67-103.  

 

 

Les activités se tiendront en présence

Un accès ZOOM, pour les Cours du samedi à Bruxelles sera possible, exclusivement réservé aux inscrits des Antennes de Liège, Mons et Namur. Notons qu’à partir de cette année, les conférences de la Section de Bruxelles se dérouleront uniquement en présence.

 

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