Le kiff – le désir sans gravité
Description
Présenté par Laurence Joseph, psychologue clinicienne et psychanalyste
Sébastien Talon, psychologue clinicien et psychothérapeute
Sandra Laugier, philosophe
Qu’on se fasse un petit kiff, que je la kiffe à mort ou qu’elle me surkiffe, on reste toujours dans le même giron: l’amour, le désir, le plaisir, la jouissance. Autrefois, le cercle était un autre, quasiment celui de l’enfer ou de la béatitude, au choix: le kif (kif, kaif ou kéif, au Maghreb et en Egypte, amusement, joie, bien-être) désignait le cannabis ou le haschisch, soit la voie royale d’accès aux paradis artificiels. Venu des langues des cités, des communautés issues de l’immigration et de la culture hip-hop, kiffer apparaît depuis plus de 20 ans dans le Larousse, et est une sorte de superlatif de crush: si celui-ci est amourette, flirt, attirance passagère, sinon rêvée, l’autre est « amour fou », maxi-plaisir, attrait aussi fort que réjouissant - presque une passion, mais qui n’a cependant pas la lourdeur ou le tragique qu’on attribue en mode romantique à la passion, car on peut kiffer une personne comme un objet, un road-trip comme une chanson, ou une situation, une bière, une couleur, une coupe de cheveux, des baskets, un poème, une casquette, une série, un jeu vidéo ou Mario. Amour, plaisir, désir - mais sans gravité, comme un « j’t’adore ! ».